L'annonce
Le 2 mars 2026, la DINUM a annoncé travailler à la version 5 du RGAA, avec une publication prévue pour la fin de l'année, aux côtés d'acteurs des secteurs public, associatif et privé. Le message accompagnant l'annonce est sans ambiguïté : cette échéance ne justifie pas de suspendre les travaux en cours. Les critères du RGAA 5 préciseront ou compléteront ceux du RGAA 4.1.2 sans les contredire.
Trois évolutions comptent pour un designer. Le référentiel s'aligne sur les WCAG 2.2, alors que le RGAA 4.1.2 s'appuyait sur les WCAG 2.1. Le périmètre s'étend officiellement aux applications mobiles natives et aux documents bureautiques téléchargeables. Et l'Arcom est désignée comme autorité de contrôle, avec pouvoir de sanction financière.
Point pratique à connaître : les déclarations d'accessibilité publiées avant la sortie du RGAA 5 restent valables dix-huit mois, dans la limite de trois ans à compter de leur publication.
Pourquoi c'est un sujet de conception et pas de développement
L'écart entre les WCAG 2.1 et 2.2 est faible en nombre de critères, mais il tombe presque entièrement du côté de la maquette.
Les cibles tactiles. Une zone interactive doit mesurer au moins 24 × 24 pixels CSS, sauf exceptions. C'est une décision de grille et d'espacement, prise en maquette, pas un correctif de CSS.
Le focus non masqué. L'élément qui reçoit le focus clavier ne doit pas être caché par un en-tête collant, une bannière de cookies ou un chat. Or l'en-tête collant et la bannière sont deux choses que le designer ajoute.
Les alternatives au glisser-déposer. Toute action réalisable par glissement doit être réalisable autrement. Cela veut dire dessiner le second chemin, pas seulement le mentionner.
L'authentification accessible. Un parcours de connexion ne doit pas reposer sur un test de mémorisation ou de recopie sans alternative. C'est une décision de flux.
L'aide au même endroit. Un mécanisme d'aide présent sur plusieurs pages doit y figurer de manière cohérente. C'est un choix de système, pris une fois.
Aucun de ces cinq points ne se rattrape en fin de projet sans toucher aux écrans.
L'échelle du sujet
Deux repères que je garde pour les réunions où l'accessibilité passe pour un détail. La loi française fixant l'obligation d'accessibilité date de 2005. Et la DINUM rappelle que 12 à 15 millions de personnes sont en situation de handicap en France. Ce n'est pas un cas limite, c'est un ordre de grandeur qui dépasse la plupart des segments d'audience pour lesquels on optimise volontiers un tunnel.
Et WCAG 3.0 ?
Le W3C a publié un nouveau Working Draft le 3 mars 2026 : environ 174 exigences, une conformité graduée Bronze, Silver et Gold à la place du binaire réussi/échoué, et une couverture élargie aux troubles cognitifs. C'est un changement de paradigme réel mais la Candidate Recommendation n'est attendue que vers fin 2027 et la version finale pas avant 2028.
Ma conclusion opérationnelle est donc l'inverse de l'attentisme : la référence opposable reste WCAG 2.x niveau AA, et le seul chantier qui compte aujourd'hui est la dette d'accessibilité déjà en production.
Sources suivies pour cette catégorie
Access42 pour sa veille mensuelle en français, W3C WAI News pour les publications de normes, accessibilite.numerique.gouv.fr et design.numerique.gouv.fr pour le cadre français, Adrian Roselli pour la lecture technique critique.




