Le référentiel a rendu le sujet opposable
Le RGESN, publié dans sa version finale en mai 2024, a été élaboré par l'Arcep et l'Arcom avec l'ADEME, la DINUM, la CNIL et l'Inria. Il compte 78 critères couvrant tout le cycle de vie d'un service numérique sites, applications, IA, logiciels, API.
Sa forme est ce qui le rend utile. Chaque critère est une question à laquelle on répond conforme, non conforme ou non applicable, et les réponses conformes comme non applicables doivent être justifiées. Il est donc conçu pour l'audit, interne ou externe. Il est obligatoire pour les services numériques de l'État, des collectivités de plus de 50 000 habitants et de certains opérateurs publics au titre de la loi REEN de 2021, avec publication d'une déclaration d'écoconception. Pour le privé, il reste volontaire mais les démarches RSE et le reporting extra-financier le tirent vers le haut.
À noter aussi : le RGESN se pense en articulation avec le RGAA, le RGPD et les autres référentiels, pas en concurrence. Accessibilité et sobriété ne sont pas deux chantiers séparés.
Les outils qui produisent un chiffre
EcoIndex note une page de A à G sur trois indicateurs : complexité du DOM, nombre de requêtes HTTP et poids total, avec une estimation des émissions associées au chargement.
GreenIT-Analysis, extension de navigateur, calcule cet indice et détecte automatiquement la mise en œuvre d'une partie des 115 bonnes pratiques d'écoconception web.
NumEcoDiag, développée par la MiNumEco, permet d'auto-évaluer un service au regard du RGESN.
CO2.js, de la Green Web Foundation, calcule une empreinte selon le modèle Sustainable Web Design, ce qui permet d'intégrer la mesure dans une chaîne d'intégration continue plutôt que de la faire à la main.
L'intérêt de ces outils n'est pas la précision absolue les méthodologies divergent encore et les acteurs européens travaillent à un référentiel commun de mesure. C'est la comparabilité dans le temps sur un même projet : on est en D, la cible est B, voici les trois décisions qui nous y amènent.
La décision se prend plus tôt qu'on ne croit
C'est le point que ma veille a le plus déplacé chez moi. La conversation sur l'écoconception commence habituellement par la compression des images, parce que c'est la partie mesurable et indolore. Mais l'ordre de grandeur est ailleurs.
Le poids des pages web a été multiplié par six entre 2010 et 2018, et ce n'est pas un problème de format d'image : c'est une accumulation de fonctionnalités. Une vidéo d'en-tête en lecture automatique, un carrousel de six visuels, une carte interactive pour afficher une adresse, trois polices variables, un chat qui charge un script tiers. Chacune de ces décisions a été prise en maquette, par un designer, souvent sans que personne ne demande ce qu'elle rapporte.
Ajoutons l'IA générative, dont l'empreinte devient un enjeu structurant du numérique responsable. Le collectif Green IT a publié un référentiel de bonnes pratiques dédié à l'IA générative dans les services numériques, et des outils comme EcoLogits permettent d'estimer l'impact d'un appel à un modèle. La question de conception n'est pas « quel modèle » mais « faut-il un modèle ici ».
Pour situer l'enjeu à l'échelle nationale : la DINUM relève que les centres de données représentent 46 % de l'empreinte carbone du numérique en France.
Ce que j'en fais
Un budget de page fixé au cadrage poids maximal, nombre de requêtes, note EcoIndex cible et vérifié automatiquement, pas constaté à la recette. L'intérêt est le calendrier : à ce moment-là, retirer la vidéo d'en-tête ne coûte rien. Trois mois plus tard, c'est une renégociation.
Et une règle de conversation que j'emprunte au RGESN : toute réponse « non applicable » doit être justifiée. Y compris quand c'est moi qui la donne.
Sources suivies pour cette catégorie
GreenIT.fr, ecoresponsable.numerique.gouv.fr pour la MiNumEco et le cadre public, le podcast Green IO, The Green Web Foundation. Les référentiels eux-mêmes - RGESN sur le site de l'Arcep - se lisent mieux que leurs résumés.




