Happn 🖤
75 % des utilisateurs quittaient le Hub sans rien explorer.
Happn nous a confié l'onglet découverte de son application : bien placé, peu utilisé, 8 % des likes seulement. En deux semaines, nous avons identifiés ce qui manquait et conçu une entrée par intention plutôt que par catalogue.
Rôle
Product Design • UX • UI • App Mobile
,
Contexte
Sprint The Design Crew
Contribution
Discovery • Delivery • UI Interface
Équipe
4 designers

Happn est l'application de rencontre qui utilise la géolocalisation pour connecter des personnes qui se sont croisées dans la vraie vie. Le Hub est son onglet découverte : il propose des profils en dehors des rencontres fortuites.
Comment augmenter l'activité sur le Hub et faire revenir les utilisateurs ?
Deux chiffres fournis par happn cadraient le problème mieux que le brief. 75 % des utilisateurs quittent le Hub sans explorer les catégories. 8 % des likes proviennent du Hub. L'équipe voulait plus de crushs générés par la découverte de profils.
Un taux de sortie de cet ordre ne se corrige pas en réorganisant des catégories : il dit que l'utilisateur arrive dans le Hub sans raison d'y préférer un profil à un autre. C'est ce que la recherche est allée vérifier.
Ce qui à décidé le projet
Quatre entretiens semi-directifs de 45 minutes, sur les habitudes, motivations et critères de sélection dans les applications de rencontre. Un échantillon de cette taille produit des pistes, pas des preuves ; je l'ai utilisé pour orienter, pas pour trancher.
La photo décide : les 4 testeurs sur 4, souvent sans se l'avouer.
« Mon premier jugement va se porter sur sa photo… » - Anissa
Mais ce qui donne envie de parler à quelqu'un, c'est un point commun. 3 testeurs sur 4 : les centres d'intérêts partagés facilitent la première prise de contact et identifient les personnes réellement compatibles.
« Quelqu'un qui aime voyager, ça sous-entend qu'il aime l'aventure, [ …], qu'il n'aime pas que la vie soit toujours la même. » - Nicolas
Le point de bascule est dans l'écart entre les deux. Le Hub présentait des photos, donc il ne mobilisait que le premier réflexe celui qui se consomme en une seconde et n'engage rien. Ce qui déclenche un like, c'est le point commun, et le Hub ne le montrait nulle part.
J'ai donc arrêté de travailler sur la mise en avant des profils et je suis partie sur le filtre d'intention. La question de départ s'est reformulée avec l'équipe :
Comment encourager les utilisateurs à découvrir et signifier leurs intérêts à des profils qui leur plaisent et leur correspondent ?

L'arbitrage
Un Crazy 8 a produit une dizaine de pistes. Nous en avons gardé cinq, fusionné plusieurs, et écarté le reste.
Ce qu'on à gardé
Ce qu'on à pas gardé
Le benchmark répondait à trois questions, pas à une envie de veille. Comment remplacer le swipe le modèle de la boutique en ligne, profils côte à côte, à l'instar de Bumble. Comment rendre la compatibilité visible la mise en avant inspirée de Tinder, qui renforce la confiance dans la qualité des suggestions. Comment ne pas réapprendre un système de filtres réutiliser les conventions de Tinder et Bumble pour rester familier.
Deux motifs de refus, et ils ne se valent pas.
Certaines idées présentaient un risque de sécurité pour happn sur une application de rencontre, ça se tranche avant d'évaluer la valeur, pas après. Les autres ont été écartées pour coût disproportionné : un questionnaire de révélation de profil et un onboarding dédié demandent à l'utilisateur un effort en amont, alors que le problème à résoudre était précisément qu'il ne s'engage pas dans le Hub.
La solution 💜
Le Hub devient un point d'entrée par intention : on y cherche des profils qui partagent une passion, ou une envie du moment.

Un onglet visible
Un seul filtre à la fois, chaque onglet avec ses propres informations. L'utilisateur ne doit pas être envahi : le Hub échouait déjà par excès de choix indifférencié, en ajouter n'aurait rien réglé.
Une card d'entrée plutôt qu'un onboarding
Accès direct au filtrage par centres d'intérêts, sans parcours d'introduction. La card explique qu'il s'agit simplement de définir ses critères. C'est le compromis assumé du projet : moins pédagogique qu'un onboarding, mais compatible avec un utilisateur qui ne s'engage pas encore.


Un système de filtres complet
Passions ou envie du moment. Des profils plus complets à l'arrivée, donc une sélection qui porte sur autre chose que l'apparence.

Un profil compatible mis en avant
Une galerie slider, et un profil qui met en lumière les points communs pour ne plus juger uniquement sur le physique. La photo attire le regard, mais c'est le point commun qui donne envie d'écrire : le Hub ne montrait que la première.
Une envie du moment spontanée
Envie de se rendre à un endroit précis : le Hub propose des profils qui partagent la même envie, en temps réel. C'est la piste qui reste la plus proche de la promesse de happn la rencontre réelle.
Ce que le test a corrigé
Cinq tests d'usabilité sur prototype, 45 minutes. Trois questions : la galerie attire-t-elle l'exploration, l'utilisateur est-il incité à définir ses passions, distingue-t-il « Passions » de « Envie du moment ».


Pas trois sur cinq : zéro. J'avais conçu un état initial, pas un état modifiable. Le filtre était pensé comme une question posée à l'arrivée, alors que c'est un réglage sur lequel on revient. Correctif : accès explicite à la modification des filtres.


« Je n'avais pas compris que la question était associée à l'envie, j'ai cru que c'était une pub… » David
Un filtre pris pour une publicité, c'est un échec de hiérarchie, pas de formulation. Correctif : distinction visuelle nette entre les deux entrées.


Deux frictions plus légères ont suivi. Les informations ont été remontées sur les cartes du Hub.
« C'est trop vague pour moi, c'est comme "j'aime respirer, j'aime manger, j'aime rigoler…" » — Thibault
Sur ce dernier point, j'ai livré un quick fix, augmenter le nombre de tags sélectionnables en sachant que c'est un pansement. Le problème n'est pas le nombre de passions disponibles, c'est leur granularité.




Ce que je retiens
La métrique était donnée : 8 % des likes venaient du Hub. C'est le chiffre à faire bouger, et il a l'avantage d'être déjà instrumenté chez happn. Garde-fou : la part de likes issus des rencontres fortuites ne doit pas baisser — le Hub doit créer de l'activité, pas la déplacer.
Ce que je ferais autrement : tester l'état modifiable, pas seulement l'état initial. Le 0/5 sur la modification des critères vient de là. Nos scénarios de test faisaient tous découvrir le Hub à quelqu'un qui arrivait pour la première fois, alors que la valeur d'un filtre se joue à la deuxième utilisation.
Ce que le projet m'a appris. Deux semaines pour couvrir discovery et delivery à trois, sur un brief porté par le Head of Design de happn : la contrainte de temps oblige à trancher tôt et à documenter pourquoi. C'est là que j'ai pris l'habitude d'écarter explicitement, plutôt que de garder toutes les pistes ouvertes jusqu'au dernier moment.




